Nola, 12 jours avant les calendes d'Octobre

Sylla tenait encore dans sa main le message privé que lui avait fait parvenir Caesar Strabo quelques jours auparavant: "Lucius Sulla, salve! Nous n'avons rien pu faire contre Marius et Sulpicius. Leur Anti-Sénat gouverne le Forum le glaive à la main. Nous ne sommes plus en République! Dans quelques jours, le Sénat n'existera plus! Nous te demandons instamment d'intervenir avec une force armée le plus tôt possible. Vale. Gaius et Lucius Caesar".

Officieusement, le princeps senatus en personne lui demandait d'intervenir à Rome avec une armée. Du jamais vu dans toute l'histoire de la République! "Et tout est de la faute de Gaius Marius!". Sylla soupirait. "Les Italiques, ce n'est donc pas suffisant. Maintenant, je dois aussi aller attaquer ma propre ville et mon propre peuple! Pour toute œuvre ne devrais-je donc laisser que des ruines derrière moi?" Mais il n'avait pas le choix: "Ma vie est entièrement dévouée au service de Rome et du Sénat. Et si je laisse mourir le Sénat, cela signifierait que je laisse mourir Rome aussi… Plutôt crever que de jamais vivre avec un tel déshonneur! "Sulla, l'homme qui a laissé mourir la République!", pensa-t-il ironique. Un sourire amer se dessina sur son visage: "Adieux mes rêves de gloire héroïque. On retiendra mon nom comme "Sulla, l'imperator qui a marché sur Rome et assassiné ses propres concitoyens!" Marius, si tu savais comme je te hais pour cela…"

***

Dans le camp romain, le prestige de Marius avait singulièrement baissé ces derniers jours. Lucius Bellienus avait expliqué aux légionnaires que leur général désirait toujours vivement partir en Asie avec eux, mais pas Gaius Marius, parce qu'il n'avait pas confiance en eux. En outre, Marius avait outrepassé les ordres du Sénat pour obtenir un commandement illégal. A Nola, Marius n'était donc plus considéré comme le grand vainqueur des Cimbres et des Teutons, mais comme un "vieux croulant" dont l'état physique et mental laissait passablement à désirer. Les légionnaires s'amusaient à le caricaturer sur les murs du camp, le plus souvent sous la forme d'une grosse mule qui volait les lauriers de leur imperator, mais aussi la Légion X, celle que Sylla commandait en tant que préteur dans la Guerre Sociale, livrant Marius au pied de leur consul. Sylla s'était même déplacé en personne pour aller voir ce dessin. Après un regard sévère et attentif, il avait finalement décrété que Jugurtha se battait mieux que Marius, car lui au moins ne se cachait pas derrière un tribun de la plèbe pour livrer un combat, avant de rire franchement. L'imperator passait lui-même parmi les hommes de rang, avec Lucullus et Pompeius, pour demander à ses troupes d'être patientes. Sylla expliquait aussi que l'assemblée du peuple était manipulée par une poignée de chevaliers et ne reflétait pas la véritable opinion du peuple romain. La grande majorité soutenait son commandement d'après les courriers envoyés par ses amis. En bref, Sylla, Pompeius et Lucullus préparaient l'armée à se soulever contre Marius et Sulpicius, sans jamais leur donner l'ordre formel de partir au combat… Sylla insistait sur ce point: officiellement, des consuls ne pouvaient pas donner l'ordre à des soldats romains de marcher sur Rome.

La mule de Marius

De son côté, le tribun des soldats Lucius Minucius Basilus enquêtait pour savoir ce que les troupes pensaient vraiment de leur général. Après être passé dans quelques tentes, il était rassuré: les légionnaires aimaient vraiment leur imperator. Certes, Sylla était un grand chef de guerre respecté pour ses victoires, mais surtout, il savait parler aux soldats. Parfois condescendant, toujours autoritaire, il avait des attentions sincères envers eux. Sylla considérait que le butin devait d'abord revenir aux soldats, le général étant déjà comblé par la victoire acquise. Sylla connaissait tous les noms de ses centurions et savait une anecdote sur chacun d'eux. En général d'ailleurs, Sylla savait tout ce qui se passait dans son camp. Souvent, il partageait le repas de ses légionnaires et connaissait intimement leurs vies et leurs aspirations. Les soldats savaient qu'ils pouvaient compter sur leur général pour les récompenser et Sylla savait qu'il pouvait compter sur leur dévouement, à condition d'être toujours victorieux. Cela ne dérangeait pas le consul. En tant que pur patricien romain, il refusait l'échec. Pour lui, il était donc simplement inconcevable de céder devant Marius…

Basilus s'était ensuite rendu dans la tente de son général: "Tu comptes prendre Nola avant la fin de l'année?"

LS: Peut-être… Qu'en pense la Légion?

Basilus suivait Sylla depuis le début de la Guerre Sociale. Homo novus, il était pourtant devenu rapidement ami avec son général et s'était fait élire tribun des soldats en novembre dernier grâce à son soutien. Basilus restait la plupart du temps près de Sylla pendant les combats et tous deux partageaient le même idéal guerrier: la victoire d'abord, la gloire ensuite. Sylla aimait bien Basilus car celui-ci n'hésitait jamais à se battre au premier rang et à montrer l'exemple aux soldats. C'était un précieux officier ainsi qu'un ami fidèle. En outre, c'était Basilus qui était venu lui remettre la couronne de laurier après sa victoire face aux Samnites au nom de l'armée.

B: La Légion est prête à te suivre n'importe où… du moment que tu l'emmènes en Asie. Alors si pour aller combattre Mithridate, les soldats doivent d'abord prendre Nola d'assaut, ils sont d'accord.

LS (soucieux): Que pensent-ils de Marius?

B: Ah, la "vieille mule de la République"? C'est le dernier surnom qu'ils lui ont trouvé pour son obstination à ne pas te laisser le commandement de la guerre contre Mithridate. Après tes explications, je te rassure, aucun légionnaire n'a envie de partir faire la guerre avec lui!

LS (souriant): Excellente nouvelle! Maintenant, il n'y a plus qu'à attendre.

B: Quoi?

LS: Mon ordre de démobilisation…

Nola, 10 jours avant les calendes d'octobre

Gaius Gratidius avait chevauché pendant près de cinq jours avec Marcus Lusius, tout heureux que Marius l'ait désigné pour aller prendre le commandement de l'armée en son nom. Tribun des soldats, Marius l'avait officiellement désigné comme son légat avant de quitter Rome. Gratidius comptait que les soldats l'accueilleraient très favorablement au simple nom de son oncle et c'est avec un grand sourire sur le visage qu'il se présenta à la porte du camp de Sylla.

La vigie de service: Qui va là?

GG: Je suis le légat Gaius Gratidius. Je viens apporter un message très important à Lucius Sulla de la part du tribun de la plèbe Publius Sulpicius.

"Nous t'attendions", répondit la vigie avec un air étrange… Les portes s'ouvrirent. Gratidius et Lusius entrèrent dans le camp et plusieurs soldats vinrent à leur rencontre. Le neveu de Marius était toujours souriant en se dirigeant vers la tente de Sylla. Les soldats se massaient de plus en plus dans le plus grand silence. Instruits de son arrivée, Sylla et Pompeius l'attendaient devant la tente de commandement. Gaius Gratidius fut à peine surpris de découvrir les consuls ensemble. Les deux tribuns descendirent de leurs montures et s'avancèrent vers Sylla.

GG: Ave Sulla!...

LS (le coupant): Ave consul, s'il te plait…

GG: Euh, oui, ave consul… J'ai un message officiel pour toi de la part du tribun de la plèbe Publius Sulpicius, dit Gratidius en tendant le rouleau à Sylla.

LS (très froid): A qui ai-je l'honneur?

GG: Gaius Gratidius, tribun des soldats, légat de Gaius Marius et Marcus Lusius, tribun des soldats.

Un silence de plomb s'installa dans le camp alors que Sylla ouvrit le message, le parcouru et le passa ensuite à Pompeius et à Lucullus.

LS (s'adressant à ses soldats): Très bien. L'assemblée du peuple a voté toutes les lois proposées par le tribun de la plèbe Publius Sulpicius. Gaius Marius est donc officiellement désigné commandant de la guerre contre Mithridate. Pompeius Rufus et moi sommes destitués. (Se tournant vers Gratidius): Tribun, je te laisse expliquer aux légionnaires tout cela plus en détail.

Gratidius se tourna vers les soldats. Il s'était attendu à de l'enthousiasme, à des cris de joie, mais rien. Un silence assourdissant avait suivi l'annonce de Sylla. Et les légionnaires le regardaient maintenant avec un air hostile.

GG: Au nom de Gaius Marius, je…

Une pierre fusa et l'atteignit à la tête.

GG:… je prends le commandement…

Une seconde pierre, puis une troisième, puis un véritable déluge de pierres s'abattit sur Gratidius et Lusius. A peine une minute plus tard… "Assez!!!" cria Sylla. Les légionnaires se dispersèrent, mais les deux tribuns étaient déjà morts. Pompeius s'approcha des corps. Sylla vint poser sa main sur son épaule.

LS: C'était le neveu de Marius, et l'autre, un de ses cousins éloignés… Est-ce que cela apaise un peu ta douleur Quintus?

PR: Non. Je veux toujours la tête de Sulpicius! dit-il en s'éloignant d'un air sombre.

Lucullus s'approcha: "Le neveu de Marius?!"

LS: Quel fou! Marius croyait vraiment qu'il pouvait me reprendre le commandement aussi facilement qu'à Metellus Numidicus! Fait bruler les corps Lucullus…

***

Plus tard, Basilus alla parler avec Bellienus.

B (ironique): Bien, très bien! Savez-vous au moins qui vous avez tués?

LB (l'air mauvais): Oui, les deux tribuns envoyés par la Vieille Mule!

B: Pour la précision, il s'agit du neveu de Marius. Espèce d'imbécile!

LB (toujours mauvais): Et alors?

B: Et alors, vous venez simplement de déclarer la guerre à Gaius Marius en assassinant son neveu!

LB (content): Magna! Six légions pour combattre Marius et Mithridate! Tu crois que la Vieille Mule va aller rejoindre le roi du Pont?

B (anxieux): Tu ne comprends donc rien! Maintenant, Marius ne partira jamais en Asie avec vous! Il peut même vous faire la guerre!

LB (riant): Sérieusement, Marius n'attaquera jamais une armée romaine…

B: Si, maintenant il le peut!

LB (commençant à comprendre): Tu crois vraiment que Marius pourrait envoyer une armée romaine contre nous?

B: Non seulement il peut. Mais en plus tu peux parier toute ta solde que c'est exactement ce qu'il va faire!

LB (tout à coup sérieux): Basilus, comment est-ce qu'on peut empêcher ça?

B: A ton avis? Et Basilus parti en tournant le dos.

Les légions en marche

Dans les heures qui suivirent, Bellienus provoqua une réunion des principaux centurions: en assassinant le neveu de la Vieille Mule, ils lui avaient officiellement déclaré la guerre. En discutant, deux solutions s'étaient imposées: soit attendre tranquillement l'arrivée de Marius, peut-être tout l'hiver, et combattre son armée, c'est-à-dire d'autres Romains. Cependant, ils pouvaient perdre, et l'expédition en Asie leur passer sous le nez. Et puis, est-ce que leur imperator, consul qui plus est, allait accepter de les mener combattre l'armée de Gaius Marius, son ancien général? Soit aller à Rome, sans attendre, dire à la Vieille Mule ce qu'ils pensaient de son foutu commandement. En agissant vite, ils pourraient s'embarquer pour la Grèce avant la fin de l'année. On se décida pour la deuxième solution.

A la fin de la journée, Bellienus, Basilus et Gaius Mummius demandèrent à aller parler aux deux consuls.

Bellienus (gêné): Voilà imperator, on s'est concerté entre nous et on a décidé qu'on était d'accord pour aller à Rome avec toi et avec Quintus Pompeius.

LS: Pour aller célébrer mon Triomphe?

LB (bégayant): Euh, non… pour aller faire la guerre à Gaius Marius…

Sylla sentit un frisson parcourir tout son corps malgré lui. "On y était enfin!" pensa-t-il.

LS (solennel): Légionnaires, vous savez ce que vous me demandez au moins? De marcher sur Rome! C'est-à-dire d'aller faire la guerre à notre propre cité et à nos propres concitoyens!

Basilus (sûr de lui): C'est ce que nous te demandons imperator. Nous savons que le Sénat n'existe plus, que vous avez été déchu de vos consulats respectifs, Pompeius et toi, et que Marius et Sulpicius gouvernent la Ville avec une poignée de chevaliers. En marchant sur Rome, nous entendons aller défendre la République.

Gaius Mummius (hardi): Cependant, une fois l'ordre revenu à Rome, nous voulons que tu reprennes ton commandement et que nous allions en Asie combattre Mithridate, comme il était convenu.

LS (menaçant): Alors vous vous permettez de me donner des ordres maintenant?!

Mummius (reculant): Imperator, nous sommes simplement venu te dire que si tu étais décidé à aller combattre Marius et Sulpicius, nous venons tous avec toi.

LS (Plus détendu): Bien Mummius. J'accepte volontiers votre proposition. Mais si l'armée est vraiment prête à marcher sur Rome qu'elle se prépare immédiatement. Nous partirons demain aux premières lueurs du jour. Rompez!

Sylla convoqua Lucullus et Murena. Le préteur venait d'arriver au camp depuis Venusia, ville italique qui s'était rendue à la fin du printemps. Murena avait été atterré en entendant Sylla et Pompeius lui raconter les derniers événements survenus à Rome.

Lucius Licinius Murena: Je croyais qu'on me racontait la dernière pièce de théâtre satirique! Mais non, alors c'est vrai? Sulpicius et Marius ont pris le contrôle de Rome?! Consuls, vous savez que je suis d'accord pour sauver la République et le Sénat, mais de là à marcher sur Rome? N'y a-t-il aucune autre solution envisageable?

Pompeius (toujours sombre): Non aucune…

LM: Consuls, si vous me le permettez, je resterais à Nola avec mes troupes poursuivre le siège de la ville pendant votre absence. Ne m'en veuillez pas, mais je me refuse à porter les armes contre ma propre patrie.

LS: Excellente initiative Murena. C'est aux consuls d'intervenir et nous avons du prendre une résolution difficile. Elle ne nous enchante pas non plus, mais c'est à nous deux qu'il incombe de mettre de l'ordre dans la République. De ton côté, Lucullus, veille à ce que nous soyons prêt à partir demain. Nous marcherons vite. Aussi, je ne veux pas de train de bagages. Juste le strict nécessaire. Vale.

Nola, 9 jours avant les calendes d'Octobre

Sylla avait dormi à peine deux heures. Toute la nuit, le camp avait été tenu éveillé par les bruits de la préparation du départ. Les soldats étaient d'humeur joyeuse et tout le monde s'était levé bien avant l'aurore. Pompeius attendait déjà les troupes à la sortie du camp. Il voulait prendre la tête de la Marche et ruminait intérieurement tous ses plans de vengeance contre Sulpicius. Plusieurs officiers étaient venus voir Sylla très tôt ce matin. Et le ton était rapidement monté entre eux.

LS: Je ne vous comprends pas. Vous êtes quasiment tous des fils de sénateurs et vous refusez d'aller sauver le Sénat et la République!

Un officier: C'est une question de principe! Nous refusons de marcher contre notre propre peuple!

LS (incrédule): Une question de principe??? Claudius, as-tu entendu ce que j'ai dit: le Sénat n'existe plus! Rome est aux mains des Italiques! Marius et Sulpicius ont déclaré la guerre à la République! Tu crois que pour une "question de principe" je vais attendre gentiment assis sur ma chaise curule que Marius vienne m'assassiner!!!

Claudius (tremblant): Il doit exister une autre solution que d'en venir aux armes…

LS: Non, Claudius. Toutes les tentatives politiques du Sénat ont échoué…

Un autre officier (courageusement): Nous voulons tenter une dernière solution diplomatique…

LS: Laquelle Livius?

Livius: Nous allons aller à Rome demander à Sulpicius de retirer ses lois.

LS (toujours incrédule): Lui demander? Sans armes à la main?!

Livius: Nous irions lui demander au nom des consuls.

LS (ironique): Sulpicius ne reconnait plus l'autorité consulaire!

Livius (blême): Nous voulons essayer quand même…

LS (en colère): Eh bien, soit! Courez à Rome dire à Sulpicius que s'il ne retire pas ses lois, six légions républicaines se chargeront de venir le jeter du haut de la Roche Tarpéienne! Et souhaitez qu'il comprenne bien le message si vous ne voulez pas voir de légions armées entrer dans Rome!

Les officiers sortirent prestement, enfourchèrent leurs chevaux et partirent pour Rome au grand galop. En changeant souvent de montures, ils pouvaient arriver en Ville dans deux jours, soit bien avant l'armée…

Au lever du soleil, 30 000 légionnaires et 5000 cavaliers étaient prêts à partir. Sylla passa parmi les rangs et trouva son armée en bon ordre avec un haut moral. Ils allaient marcher sur Rome! L'imperator se dirigea en tête du convoi pour rejoindre Pompeius, monté sur son cheval blanc. Pendant qu'il remontait les rangs, l'armée se mit tout à coup à scander "Felix! Felix! Felix! Felix!" en frappant le sol de leur pilum. Sylla s'arrêta et fut parcouru d'un énorme frisson. Devant ses yeux agrandis de surprise, l'armée l'acclamait et le reconnaissait comme son chef légitime. Un immense sentiment de plénitude et fierté éclata dans sa poitrine. Ses mains se mirent à trembler et il hurla aussi fort qu'il pu: "AD ROMA!!!" "A ROME!!!"

A Rome!!!

Via Appia, au nord de Capoue, 7 jours avant les calendes d'Octobre

Sylla avait fait marcher ses troupes plus de 50 km et ils avaient fait halte le premier soir près du fleuve Volturnus au nord de Capua. Cependant, au matin du deuxième jour, l'imperator refusa de reprendre la route, à la grande surprise des légionnaires et à la grande fureur de Pompeius.

PR: Non, mais, qu'est-ce qui te prend aujourd'hui? On a réussi à soulever toutes les troupes contre Sulpicius et tout d'un coup tu décides que tu ne veux plus marcher sur Rome?! Tu as décidé d'aller revoir quelques unes de tes putains à Capoue?! Tu n'en a pas assez qui t'attendent à Rome?!

Sylla avait bien failli frapper son collègue et s'était retenu au dernier moment.

LS (excédé): Quintus, que fais-tu de la délégation de Suessuela qui s'est précipitée à notre rencontre hier? De la ville d'Acerrae qui a ouvert ses portes à notre simple vue? Des citoyens de Capua qui se sont enfuis en croyant que nous allions attaquer la ville?

PR (buté): Nous n'avons encore attaqué personne que je sache!

LS (continuant): A tous, j'ai du leur dire que nous marchions sur Rome pour la délivrer de ses tyrans!

PR: Lucius, nous ne faisons que défendre la République! Qu'est-ce qui te fait encore hésiter?

LS (lucide): Il y a que les Italiens peuvent très bien s'allier à Marius et aux Samnites pour venir nous faire la guerre…

PR (calmé): Tu crains qu'une armée nous fonde dessus avant Rome?

LS (sombre): Je crains surtout que nous allumions un brasier que nous ne serions plus capables d'éteindre après… Nous avons réussi à vaincre les Marses parce que Rome s'était unie. Nous avions réussi à mettre de côté nos divergences politiques. Et maintenant, Telesinus et ses Samnites se pissent de rire du haut des murs de Nola depuis qu'ils ont appris que Marius et Sulla se faisaient la guerre! Nous n'avons même plus besoin que Mithridate vienne nous assassiner! Nous nous entretuons très bien tous seuls nous-mêmes!!!

PR: Notre cause est juste Lucius…

LS (amer): Elle l'est Quintus… Mais si tu savais à quel point ça me répugne de m'abaisser au niveau de Marius et de Sulpicius… J'aimerai encore croire que Sulpicius puisse retirer ses lois en apprenant que nous marchons sur Rome… Et à te dire la vérité, j'ai très peur d'offenser les dieux en allant attaquer mon propre peuple…

PR: Jupiter ne peut que nous soutenir!

LS (tombant le masque): Quintus, je ne veux pas donner aux Romains l'image d'un imperator sanguinaire…

PR (étonné): Et c'est le héros de la République qui dit ça? Celui qui a capturé Jugurtha, qui a mis les Italiques à genoux? Que toute l'armée acclame du surnom de Felix?

LS (à nu): C'est le pouvoir que j'ai sur l'armée et sur Rome qui m'effraie vraiment…

PR: Explique-moi.

LS (sincère): Si nous gagnons, je pourrais prendre le pouvoir à Rome et me faire couronner roi si je veux, et si nous perdons, mon armée serait capable de mettre le feu à la Ville pour venger ma mort...

PR (très surpris): Tu veux être roi de Rome?

LS (nuançant): Je crois que si je le voulais, je le pourrais, Quintus, et c'est bien ce qui me fait peur… (Remettant son masque): D'un autre côté, j'ai complètement foiré avec la République en ne m'opposant pas assez violemment à Sulpicius. Tout est de ma faute. Et je me sens complètement minable d'en être réduit à marcher sur Rome avec six légions. (S'effondrant, la tête dans ses mains): Je suis incapable de diriger Rome sans une force armée.

PR (rassuré): Si je ne te savais pas aussi attaché à la République et au Sénat, je pourrais effectivement croire que le pouvoir t'est monté à la tête, comme à Sulpicius. Heureusement pour Rome, tu n'es pas un démagogue ambitieux, mais un consul responsable. Et arrête de croire que tout est de ta faute! C'est moi qui ait fuit sur le Forum en laissant mon fils se faire tuer! C'est moi qui ai laissé Sulpicius en vie alors qu'il m'avait tout avoué de ses projets! Je m'en veux à mort, Lucius. A mort!

LS (désabusé): Nous voici donc deux consuls incapables de diriger la République et en plus, nous avons à gérer trois guerres en même temps: celle contre les Italiques, celle contre Mithridate et maintenant celle contre les Romains!

Pompeius et Sylla s'entre regardèrent et se mirent à rire nerveusement.

PR (à bout de nerf et pleurant de rire): La situation pourrait difficilement être plus horrible.

LS (dans le même état): Il ne manquerait plus que les dieux soient contre nous!

PR: Tu as raison. Nous allons faire des sacrifices et passer la journée à prier. Que les dieux nous viennent en aide! Nous avons plus que jamais besoin de leur soutien.

Sylla demanda à son haruspice Postumius de procéder à un sacrifice. L'armée le comprit très bien. En marchant sur Rome sans l'accord des dieux, Jupiter Stator pourrait décider de venir les foudroyer. L'imperator ne lésina pas sur la dépense. Pompeius et lui firent venir de Capoue un bœuf blanc qu'ils sacrifièrent ensemble, comme pour le jour de leur investiture. Si les présages n'étaient pas favorables, ils se résigneraient à abandonner leur projet. Sylla accordait une totale confiance dans les prédictions de son devin. Celui-ci lui avait prédit avec justesse toutes ses victoires dans la Guerre Sociale. Postumius prononça diverses incantations dans un vieux dialecte étrusque et égorgea proprement le bœuf. Il passa ensuite un long moment à examiner les viscères de l'animal. Pendant ce temps, Sylla, Pompeius et leurs hommes priaient en silence pendant que les prêtres psalmodiaient. Postumius finit par dodeliner de la tête, puis fit signe qu'il était prêt à livrer le verdict des dieux. Les chants s'arrêtèrent et un silence religieux se fit dans le camp improvisé. Le devin se dirigea vers Sylla.

Postumius: Consul, voici mes deux mains. Je te prie de me les lier.

Sylla posa sur lui un regard soupçonneux mais fit ce que son haruspice lui demandait.

Postumius: Je te demande de me garder prisonnier jusqu'à ce que la bataille que nous allons livrer à Rome soit terminée… Je prends à témoin toute l'armée que si tu ne gagnes pas, tu pourras me faire endurer tous les supplices que tu désireras me faire subir. (Ajoutant dans un grand sourire): les présages sont extrêmement favorables et ton succès sera rapide et total!

Sylla et Pompeius se regardèrent avant que leurs visages ne s'illuminent et qu'ils ne tombent dans les bras l'un de l'autre, à la plus grande joie de l'armée.

LS (s'adressant à son armée): Demain, nous marcherons sur Rome! Et nous ne nous arrêterons que quand nous aurons délivrés la République de ses tyrans!!!

Pour toute réponse, l'armée se mit à nouveau à scander "Felix! Felix! Felix!"

...Suite